Ce que 10 ans dans le bien-être m’ont appris sur les clients
La plupart des gens qui s'intéressent à votre produit ou service ne cherchent pas ce que vous vendez. Ils cherchent la permission de prendre soin d’eux. De prioriser leur bien-être sans se sentir égoïstes. De dépenser pour quelque chose d’invisible, une sensation, un état, un soulagement, dans un monde qui valorise le tangible.
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Philippe Bourassa

Dans cet article
Je n’ai pas choisi le bien-être comme niche marketing. Le bien-être était déjà dans ma vie avant le marketing.
Avant de faire de la stratégie, j’étais déjà un grand consommateur de l'industrie bien-être. Et j'ai surtout toujours été curieux. De la méditation à la nutrition fonctionnelle, des retraites au développement personnel, des soins corporels et produits naturels aux pratiques alternatives… j’ai expérimenté avant de comprendre, et compris avant de décider d'en maîtriser la stratégie. Le bien-être, ce n'est pas un marché cible pour moi. C’est là où je vis.
Après 10 ans à observer cette industrie de l’intérieur comme consommateur, comme entrepreneur, et comme stratège, il y a des choses que j’ai comprises sur ce que les clients veulent vraiment. Des choses que les données de marché ne disent pas. Des choses qu’on ne voit que quand on a été des deux côtés du comptoir.
Les clients ne cherchent pas un produit ou un service. Ils cherchent une permission.
La première chose que j’ai comprise, c’est que la plupart des gens qui s'intéressent à votre produit ou service de bien-être ne cherchent pas ce que vous vendez. Pas vraiment.
Ils cherchent la permission de prendre soin d’eux. La permission de ralentir. De prioriser leur bien-être sans se sentir égoïstes. De dépenser pour quelque chose d’invisible, une sensation, un état, un soulagement, dans un monde qui valorise le tangible.
Quand j’ai compris ça, j’ai compris pourquoi le marketing wellness ne peut pas ressembler au marketing traditionnel. Vous ne vendez pas un objet, ni une prestation. Vous vendez quelque chose de profondément intime : le droit de s’occuper de soi. Et ça demande une approche complètement différente.
La confiance se construit dans les 10 premières secondes.
J’ai analysé les indicateurs de performance de centaines de pages de vente wellness. Des belles, des laides, des longues, des courtes. Et j’ai réalisé quelque chose de simple : le client wellness ne lit presque rien. Il ressent.
En 10 secondes, il a déjà décidé s’il vous fait confiance ou pas. Pas en lisant votre offre. En captant l’énergie de votre présence en ligne. Le ton. Le choix de mots. Les couleurs. L’espace. Est-ce que ça respire ou est-ce que ça crie ? Est-ce que ça ressemble à quelqu’un qui prend soin, ou à quelqu’un qui vend ?
McKinsey rapporte que 84% des consommateurs considèrent le bien-être comme une priorité très importante dans leur vie. Mais cette importance rend le consommateur plus exigeant, pas moins. Plus le sujet est intime, plus le filtre est sévère. Et le premier filtre n’est pas votre offre, c’est votre énergie.
Personne ne veut se faire vendre du bien-être. Tout le monde veut en acheter.
C’est la tension la plus fondamentale de l’industrie wellness, et après 10 ans, je la vois encore partout. Le client veut votre offre. Il veut acheter vos produits naturels, réserver votre retraite, commencer votre programme. Mais dès qu’il sent qu’on le pousse, il recule.
Le wellness est peut-être le seul marché où la pression de vente détruit littéralement la raison d’être du produit. Si votre mission est d’aider les gens à retrouver le calme, votre marketing ne peut pas créer du stress. Si votre mission est d’accompagner les gens dans un processus de guérison, votre séquence email ne peut pas envoyer DERNIÈRE CHANCE en rouge.
La bonne approche, c’est de créer un espace où on accompagne le client à décider au rythme que l'on juge bon, réellement bon, pour lui. Ça ne veut pas dire être passif, mais plutôt être présent, clair, et disponible sans être insistant, mais en offrant la direction à prendre. La nuance est subtile, mais elle change tout.
Ils testent votre cohérence sans vous le dire
Voici un truc que les données de marché ne vous diront jamais. Le client wellness teste votre cohérence, consciemment ou pas. Il compare ce que vous dites dans votre marketing avec ce qu’il vit en personne. Et le moindre décalage crée un malaise qu’il ne nommera jamais, mais qui l’empêchera de revenir.
Si votre Instagram projette la zénitude mais que votre réception est chaotique, il le sent. Si votre site parle d’écoute mais que votre processus de réservation est froid et automatisé, il le sent. Si votre infolettre parle de lâcher-prise mais que vos emails arrivent tous les deux jours sans lâcher-prise, il le sent.
La cohérence est le marketing le plus puissant du wellness. Quand chaque point de contact, du premier post Instagram à la dernière interaction en personne, raconte la même histoire, le client ne se pose plus de questions. Il fait confiance. Et la confiance, dans le wellness, c’est tout.
Le bouche-à-oreille n’est pas une stratégie. C’est une conséquence.
Presque chaque entrepreneur wellness que je connais me dit la même chose : « On fonctionne surtout par bouche-à-oreille. » C’est dit avec fierté, et c’est légitime. Si vos clients vous réfèrent, c’est que votre service est excellent. Mais ce n’est pas une stratégie.
Le bouche-à-oreille est la conséquence d’un bon travail. Ce n’est pas un plan de croissance. Il ne scale pas. Il ne se prédit pas. Et quand il ralentit, parce que le marché se sature ou parce que les réseaux personnels s’épuisent, il n’y a rien pour prendre le relais.
J’ai vu des entreprises wellness incroyables plafonner à 500K$, à 1M$, à 3M$, pas parce que leur service avait atteint sa limite, mais parce que leur marketing n’avait jamais dépassé le bouche-à-oreille. Le talent était là. L’offre était là. La clientèle était satisfaite. Ce qui manquait, c’était une direction marketing qui structure la croissance sans dénaturer ce qui fonctionne déjà. C'est pour ça que le modèle de direction marketing externalisée, ou fractional CMO, existe.
Ce qu’ils veulent vraiment, c’est se sentir compris
Après 10 ans, si je devais réduire tout ce que j’ai appris à une seule phrase, ce serait celle-là.
Le client wellness veut se sentir compris avant de se sentir vendu.
Compris dans ce qu’il vit au plus profond. Compris dans ce qu’il cherche sans même le savoir lui même. Compris dans ce qu’il n’ose pas demander. Quand un client entre en contact avec une entreprise wellness et sent que la personne en face comprend son monde, et pas juste son problème, la vente est déjà faite. Il n’a même pas besoin qu’on lui vende quoi que ce soit.
Et c’est exactement ce que votre marketing devrait faire. Pas vendre. Comprendre. À voix haute. De façon que quand un client potentiel arrive sur votre site, il lise une phrase et se dise : « ils parlent de moi. »
C’est ça, le marketing wellness quand il est bien fait.
Pourquoi je ne travaille que dans le bien-être
On me demande parfois pourquoi je me limite au wellness. Pourquoi pas la tech, l’immobilier, le commerce en ligne ? Ce serait probablement plus payant. Certainement moins compliqué.
La réponse est simple : je ne peux pas faire ce que je fais dans un marché que je ne comprends pas de l’intérieur. Et le bien-être, je le comprends. Pas seulement parce que je l'ai étudié, mais parce que j’y ai aussi vécu. Je connais la tension entre vendre et aider. Je connais l’inconfort d’un marketing qui ne nous ressemble pas. Je connais la fierté de bâtir quelque chose qui a un impact réel sur la vie des gens.
Les entreprises wellness méritent quelqu’un qui comprend tout ça. Quelqu’un qui ne regarde pas le bien-être comme un « segment », mais comme un monde. C’est ce que j’essaie d’être. C’est ce que Noir Lila essaie d’être.


